"L'échec du fonctionnement de l'autonomie" selon Christian ESTROSI
Nicole BOUTEAU, Présidente de No Oe E Te Nunaa, accompagnée de cadres du parti a rencontré durant près d'une heure Christian ESTROSI, secrétaire d'État à l'Outre-mer ce mardi 21 août en fin de matinée.
Lors de cette rencontre, le ministre a rappelé que cette consultation des forces politiques avait pour objectif de trouver une issue à la crise politique et institutionnelle que traverse la Polynésie française depuis plus de 3 ans. Parlant d'un "échec du fonctionnement de l'autonomie", il a insisté sur la volonté du gouvernement central de marquer une rupture avec le passé et de créer les meilleures conditions de développement pour le Pays.
Affirmant qu'il ne souhaitait pas faire d'ingérence dans les affaires polynésiennes, il s'est déclaré ouvert aux propositions de chacun sans avoir de position arrêtée.
Modification de la loi électorale ?
Sur le changement de la loi électorale, Nicole BOUTEAU a indiqué que son parti n'y était pas favorable estimant que ce n'était pas une énième modification du mode de scrutin qui garantirait la stabilité. Par ailleurs, le chef de file de No Oe E Te Nunaa a rappelé au Ministre qu'en janvier dernier un consensus avait réuni la majorité des forces politiques polynésiennes pour défendre auprès de la représentation nationale la suppression de la prime majoritaire et le retour au mode de scrutin antérieur à 2004. En effet, No Oe E Te Nunaa estime que les polynésiens ne comprendraient pas la réintroduction d'une prime tant dénoncée sous quelque forme que ce soit, 8 mois après sa suppression.
Sur ce point, le ministre a semblé rejoindre les arguments développés par No Oe E Te Nunaa déclarant : "la réintroduction de
la prime serait mal vécue".
Cependant, Christian ESTROSI a suggéré l'instauration d'un 2ème tour. Nicole BOUTEAU s'est dite favorable sur le principe estimant qu'un 2ème tour permettrait aux électeurs de valider ou de rejeter les alliances en présence.
Ce serait un gage de transparence.
Quant à la proposition du Tahoeraa Huiraatira de fixer le seuil de maintien des listes au second tour à 12,5% des inscrits, No Oe E Te Nunaa y est totalement opposé. Nous y voyons là une nouvelle fois une volonté du parti orange de poursuivre sur la voie de la bipolarisation et d'écarter toute possibilité de pluralité au sein de la représentation territoriale.
Enfin, sur la création d'une circonscription unique, le parti a fait part de son désaccord, sensible aux arguments des élus et des populations des archipels qui, face à la concentration des pouvoirs sur Tahiti, demandent le maintien du découpage actuel.
Dissolution contre abréviation du mandat des élus
Sur la date d'un retour anticipé aux urnes, No Oe E Te Nunaa a, dans un premier temps, interrogé le ministre sur les motifs du refus du gouvernement central de prononcer la dissolution de l'Assemblée de la Polynésie, les conditions de l'instabilité étant pourtant réunies. Christian ESTROSI a motivé ce refus par la crainte que cette décision soit considérée par la population comme une ingérence dans les affaires polynésiennes. Cet argument n'est pas fondé puisque depuis de nombreuses semaines les principales forces politiques polynésiennes (UPLD, Tahoeraa Huiraatira, No Oe E Te Nunaa,...) la réclament au même titre que la population qui s'exprime quotidiennement au travers des médias.
Quoiqu'il en soit, No Oe E Te Nunaa a fait part de son souhait d'un retour rapide aux urnes motivant sa demande par l'absence de majorité stable depuis 2004 : aujourd'hui le gouvernement actuel ne dispose plus de majorité à l'Assemblée. Comprenant le souci de certains élus communaux de fixer la date de nouvelles élections territoriales après le scrutin des communales de mars 2008, No Oe E Te Nunaa se pose, toutefois, la question de la stabilité d'ici là .
Le parti regrette que malgré son insistance sur cette question majeure, le ministre (comme le Président du Pays) soit resté muet.
Modernisation du fonctionnement des Institutions : No Oe E Te Nunaa en phase avec le secrétaire d'État
No Oe E Te Nunaa a souhaité élargir la discussion à la modification du statut de 2004 ; modification visant "l'amélioration du fonctionnement des institutions mais également à la réintroduction de la décentralisation dans la loi statutaire. Sur ce sujet, l'échange a été riche, le ministre marquant sa volonté de faire évoluer certaines dispositions de la loi organique dans le but de donner des outils de stabilité aux institutions (l'élection tous les 5 ans du Président de l'Assemblée de Polynésie, l'interdiction du cumul de certaines fonctions avec un mandat électoral, l'encadrement de la procédure de dépôt de la motion de censure...).
À notre grande surprise, Christian ESTROSI a sollicité notre avis sur la possibilité d'une élection au suffrage universel direct du Président de la Polynésie française. S'agissant d'une modification majeure, Nicole BOUTEAU a fait part de sa plus grande réserve rappelant qu'en 2004 No Oe E Te Nunaa avait vivement critiqué le renforcement des attributions du Président de la Polynésie française et du Conseil des Ministres au détriment de l'Assemblée de Polynésie. Il serait, en effet, souhaitable que l'Assemblée puisse assurer un véritable contrôle de l'action gouvernementale, ce qui n'est pas le cas actuellement.
En conclusion de la rencontre, Nicole BOUTEAU a sensibilisé le Ministre sur la nécessaire impartialité de l'État en Polynésie française. Le Ministre a reconnu que ces dernières années ont offert une très mauvaise image de la France en Polynésie : "partialité, copinage, préférence qui ont conduit à l'humiliation de très nombreux acteurs politiques polynésiens". Il a déclaré avec force que "c'est une période de l'histoire que nous voulons oublier".
Stabilité : quand ???
Pas de table ronde à Paris, peut-être en Polynésie... rien n'est moins sûr... No Oe E Te Nunaa s'interroge sur les motivations d'une consultation parisienne de tous les leaders politiques polynésiens alors que Christian ESTROSI annonce sa venue en Polynésie dans quelques jours.
À la veille de l'ouverture de la session budgétaire qui devrait ouvrir les discussions sur le contrat de projet 2008-2012, sur le budget 2008,
le ministre comme le Président du Pays ne semblent pas s'inquiéter de l'absence de majorité du gouvernement au sein de l'Assemblée ; situation qui risque de compromettre encore une fois les perspectives de développement économique et social du fenua.
À ce jour, No Oe E Te Nunaa a le sentiment que ce déploiement d'énergies vise à gagner du temps (pourquoi ? pour qui ?) et à repousser l'inéluctable...
Le bureau
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