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Accueil Actualités Actus locales Lettre à M. le Secrétaire d'État à l'Outre-Mer

24

AoÃ

2007

Lettre à M. le Secrétaire d'État à l'Outre-Mer PDF Imprimer Email
assemblee_18_05_06_campagne_100pix.jpgÀ Monsieur Christian ESTROSI
Secrétaire d'État à l'Outre-mer
27, rue Oudinot
75007 Paris

 



Monsieur le Ministre,


Je souhaitais, par la présente, vous adresser mes vifs remerciements pour la disponibilité et l'écoute dont vous avez fait preuve lors de l'entretien que vous avez bien voulu m'accorder mardi dernier.

Lors de cette rencontre, vous avez rappelé que cette consultation des forces politiques polynésiennes avait pour objectif de trouver une issue à la crise politique et institutionnelle que traverse la Polynésie française depuis plus de 3 ans.

Sur le changement de la loi électorale, je vous ai indiqué que ma formation politique n'y était pas favorable estimant que ce n'était pas une énième modification du mode de scrutin qui garantirait la stabilité. Par ailleurs, je vous ai rappelé qu'en janvier dernier, un consensus avait réuni la majorité des forces politiques polynésiennes pour défendre auprès de la représentation nationale la suppression de la prime majoritaire et le retour au mode de scrutin antérieur à 2004. Les polynésiens ne comprendraient pas que la prime tant dénoncée soit réintroduite sous quelque forme que ce soit, 8 mois après sa suppression.

Rejoignant nos arguments, vous avez suggéré l'instauration d'un 2ème tour, gage de transparence, qui permettrait aux électeurs polynésiens de valider ou de rejeter les alliances en présence.


Sur ce point, depuis, notre rencontre, j'ai eu connaissance de la proposition du Tahoeraa Huiraatira de fixer, en cas de 2ème tour, le seuil de maintien des listes au second tour à 12,5% des inscrits. Sachez, Monsieur le Ministre que No Oe E Te Nunaa est totalement opposé au seuil proposé par le Tahoeraa. Nous y voyons là, une nouvelle fois, une volonté du parti de Monsieur Gaston FLOSSE de poursuivre sur la voie de la bipolarisation et d'écarter toute possibilité de pluralité au sein de la représentation territoriale.

S'agissant de la circonscription unique
, je vous ai fait part de notre désaccord car nous sommes sensibles aux arguments des élus et des populations des archipels qui, face à la concentration des pouvoirs sur Tahiti, demandent le maintien du découpage actuel.

Sur la date d'un retour anticipé aux urnes
, j'ai bien noté le refus du gouvernement central de prononcer la dissolution de l'Assemblée de la Polynésie française. Vous craignez que cette décision soit considérée par la population comme une ingérence dans les affaires polynésiennes. Sur ce point important permettez-moi d'insister car nous pouvons tous constater que les conditions de l'instabilité sont réunies. Depuis de nombreuses semaines, les principales forces politiques polynésiennes (UPLD, Tahoeraa Huiraatira, No Oe E Te Nunaa,...) la réclament au même titre que la population qui s'exprime quotidiennement au travers des médias. Comment parler d'ingérence alors que la demande serait exprimée par la Polynésie française. En effet, si cette demande émanait du Président du Pays, habilité par le conseil des ministres de la Polynésie, je ne comprendrais pas que la procédure puisse être écartée par le Président de la République. Si tel était le cas, on pourrait légitimement s'interroger sur ce que représente l'Autonomie.

2007-08_deplacement_paris_02.jpg

Quoiqu'il en soit, je vous ai fait part de notre souhait d'un retour rapide aux urnes motivant notre demande par l'absence de majorité stable depuis 2004 : encore aujourd'hui le gouvernement de Monsieur Gaston TONG SANG ne dispose plus de majorité à l'Assemblée. Je comprends le souci de certains élus communaux de voir la date de nouvelles élections territoriales fixée après le scrutin des communales de mars 2008. Je me pose, cependant, la question de la stabilité d'ici là. Force est de constater que sur cette question majeure, aucune réponse ne nous ait été donnée ni par le Président du Pays, ni par vous même. J'ai même l'impression que l'on laisserait la Polynésie vivre 6 mois de crise supplémentaire pour "laisser le temps au temps". Nous n'y sommes pas favorables estimant que cette situation dure depuis maintenant trop longtemps.

Quelle que soit l'issue des consultations que vous venez de mener, il est indispensable d'engager des discussions sur la modification du statut de 2004 ; modification visant à l'amélioration du fonctionnement des institutions mais également à la réintroduction de la décentralisation dans la loi statutaire. Sur ce sujet, je vous remercie de la richesse de notre échange. Vous avez également marqué votre volonté de voir évoluer certaines dispositions de la loi organique dans le but de donner des outils de stabilité aux institutions (l'élection tous les 5 ans du Président de l'Assemblée de Polynésie, l'interdiction du cumul de certaines fonctions avec un mandat électoral, l'encadrement de la procédure de dépôt de la motion de censure...).

Sur l'idée d'une élection au suffrage universel direct du Président de la Polynésie française
, s'agissant d'une modification majeure, je vous ai fait part de ma plus grande réserve rappelant qu'en 2004 No Oe E Te Nunaa avait vivement critiqué le renforcement des attributions du Président de la Polynésie française et du Conseil des Ministres au détriment de l'Assemblée de Polynésie. Il serait, en effet, souhaitable que l'Assemblée puisse assurer un véritable contrôle de l'action gouvernementale, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Dans ce contexte difficile que traverse la Polynésie, l'impartialité de l'Etat est nécessaire ; ces dernières années ayant offert une très mauvaise image de la France en Polynésie.


En conclusion, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur les motivations de cette consultation parisienne de tous les leaders politiques polynésiens alors que vous annoncez votre venue en Polynésie dans quelques jours.

Je souhaite enfin vous faire part de mon extrême préoccupation car à la veille de l'ouverture de la session budgétaire qui devrait ouvrir les discussions sur le contrat de projet 2008-2012, sur le budget 2008, l'absence de majorité du gouvernement au sein de l'Assemblée risque encore une fois de compromettre les perspectives de développement économique et social de la Polynésie et d'aggraver l'instabilité politique que traverse la Polynésie.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma considération distinguée.

Nicole BOUTEAU

 

 

 
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